Le quatrième épisode de la cinquième saison de « The Boys », intitulé « Roi des Enfers », s’ouvre sur une scène qui donne immédiatement le ton de tout l’épisode : Firecracker rend visite à le Protecteur (Homelander dans la version originale) et, dès qu’il perçoit sur elle l’odeur de Petit Soldat (Soldier Boy en VO), il bifurque aussitôt vers un sujet bien plus important à ses yeux — sa propre divinité. « Ne pas servir le Seigneur. Être le Seigneur », déclare-t-il avec l’assurance de quelqu’un pour qui cette idée semblait évidente depuis longtemps. Sur le visage du personnage incarné par Valorie Curry défile toute une palette d’émotions : de l’effroi à la résignation devant l’inutilité de toute contradiction. L’actrice transmet tout cela sans prononcer un seul mot, et cela suffit largement. Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est que Firecracker, fervente évangéliste convaincue, devienne justement la principale messagère de ce nouveau culte. Dans la scène finale, Oh Father annonce solennellement la création de l’Église démocratique d’Amérique, avec le Protecteur dans le rôle du prophète.
Fort Harmony, Shining et The Last of Us version low cost
À la recherche de traces du V1, les Boys arrivent à Fort Harmony, une installation abandonnée de Vought. En chemin, ils découvrent des carcasses d’animaux déchiquetées et des corps en décomposition. Rien de bon ne pouvait sortir d’un tel endroit, mais ils n’ont pas vraiment le choix. Très vite, cependant, l’épisode cesse d’être une simple mission de recherche pour devenir une autodestruction psychologique collective. Un champignon infectant tous ceux qui l’inhalent et amplifiant leur agressivité sert de prétexte narratif pour faire remonter à la surface rancœurs et conflits anciens. La Crème (Mother's Milk - MM - en VO) explose contre Butcher, Kimiko tente littéralement de tuer Hughie et Hughie lui-même agit comme s’il avait accumulé une crise nerveuse depuis cinq saisons entières. L’idée fonctionne comme mécanisme d’explosion émotionnelle, mais le problème est que la plupart de ces disputes ont déjà été vues auparavant. La série recycle encore les mêmes tensions : Butcher manipule une nouvelle fois, MM est à nouveau moralement épuisé et Hughie tente encore d’empêcher l’équipe de s’effondrer. Les scénaristes semblent craindre de modifier réellement la dynamique entre les personnages, donnant ainsi l’impression que la série tourne en rond dans une boucle dramatique dont elle ne parvient plus à sortir.
Les auteurs mélangent littéralement Shining de Stanley Kubrick avec des références à la franchise vidéoludique The Last of Us via une infection fongique, tout en installant l’intrigue dans une ancienne base militaire américaine de l’époque de la guerre froide, où furent menées les premières expérimentations sur les supes. Rouille, couloirs obscurs, cadavres en décomposition et champignons traversant la chair : la série rappelle une nouvelle fois à quel point elle excelle dans le grotesque organique et le body horror. « The Boys » a toujours été une série fascinée par la saleté, le sang et le grotesque, mais ici ces éléments participent également pleinement à l’atmosphère : Fort Harmony devient la matérialisation de tout ce sur quoi le monde de Vought a été construit — une pourriture dissimulée sous une façade patriotique.
Le seul personnage immunisé contre le champignon se révèle être le Français (Frenchie en VO), dont la résistance s’explique par des années d’abus intensif de drogues. C’est également lui qui comprend ce qui se passe réellement. La source de l’infection est Quinn, un supe recouvert de champignons au point d’en devenir méconnaissable, ancien cobaye des mêmes expériences V1 que Petit Soldat. Le Français pousse volontairement Petit Soldat à bout, provoquant chez lui une explosion d’énergie qui détruit Quinn. L’agressivité disparaît aussitôt et tout le groupe repart en silence, comme après une soirée d’entreprise ayant totalement dégénéré, tandis que « Mambo No. 5 » résonne en fond sonore. Le V1 n’est plus à Fort Harmony — ou plutôt, quelqu’un l’a déjà emporté. À partir des indices laissés sur place, Butcher et MM soupçonnent Bombsight, ancien partenaire de Petit Soldat dans l’équipe originelle des sujets testés au V1, porté disparu depuis longtemps. Hughie pose alors la bonne question : pourquoi Bombsight, qui possède déjà du V1 dans le sang, aurait-il besoin d’une dose supplémentaire ? La série ne donne pas encore de réponse, ce qui signifie évidemment que les prochains épisodes tourneront autour de cette intrigue.
Pendant que les Boys détruisent le fort et se détruisent mutuellement sous l’effet du champignon, le Protecteur et Petit Soldat règlent leurs comptes dans des pièces voisines. La conversation dérive à un moment vers Stormfront et les deux hommes admettent avoir entretenu une relation amoureuse avec elle. L’atmosphère, déjà extrêmement tendue, devient franchement malsaine. Petit Soldat enferme le Protecteur dans une chambre remplie d’uranium enrichi : pour un être humain ordinaire, ce serait une mort instantanée ; pour le personnage d’Antony Starr, une lente agonie accompagnée d’une impuissance totale. Une scène particulièrement révélatrice suit immédiatement : Butcher découvre le Protecteur piégé et se contente de rire de lui, savourant sincèrement ce moment. Cela aura évidemment des conséquences plus tard. La conversation finale entre le Protecteur et Petit Soldat, après la mort de Quinn, se déroule dans un calme inattendu : Petit Soldat est assis, en larmes, demandant qu’on l’achève, tandis que le Protecteur refuse.
Quand le scénario devient plus important que la logique
Le principal problème de ce quatrième épisode est qu’il semble constamment écrit pour atteindre un résultat précis, plutôt que pour respecter le comportement naturel des personnages. Le Protecteur, capable d’entendre des battements de cœur à des kilomètres et de voir à travers les murs, n’entend soudainement plus les cris des Boys dans les pièces voisines. Kimiko, capable de déchiqueter des humains à mains nues, ne parvient inexplicablement pas à éliminer Hughie et MM en quelques secondes. Butcher obtient enfin l’occasion parfaite de tuer le Protecteur lorsqu’il est affaibli par les radiations… et ne la saisit tout simplement pas, alors que toute sa motivation depuis le début de la série repose précisément sur cette vengeance.
Et il ne s’agit plus ici de simples conventions du genre, mais d’un problème structurel de la série. « The Boys » fonctionne de plus en plus selon la logique de scènes isolées plutôt que comme un univers cohérent. Chaque pièce de Fort Harmony ressemble à une zone distincte de jeu vidéo avec ses propres règles, où les personnages ne peuvent agir que lorsque le scénario décide qu’il est temps d’avancer. Cela saute particulièrement aux yeux dans les scènes d’action : Marvin reçoit une balle, Hughie subit de graves coupures, mais quelques instants plus tard, tout le monde agit comme si rien ne s’était produit. La caméra tremble constamment, le montage casse l’espace et la physique des super-pouvoirs devient totalement sélective.
Le problème est accentué par le fait qu’une partie de l’épisode sert manifestement de préparation à Vought Rising, le futur spin-off préquel de « The Boys ». Petit Soldat, les expériences des années 1950, les premiers supes et les origines de Vought constituent des éléments intéressants en soi, mais au sein de cette dernière saison, ils créent surtout une impression de dispersion narrative. Au lieu de se diriger vers son climax, la série semble parfois repousser sa propre conclusion afin de préparer les futurs projets de la franchise.
Même l’intrigue autour d’Annie et de son père, malgré une bonne base émotionnelle, est racontée de manière trop directe et étirée. Son jeune frère intoxiqué par la propagande de Vought, son père policier vivant dans la peur, les discussions sur l’amour comme raison de se battre… Tout cela fonctionne conceptuellement sur le papier, mais l’exécution est si convenue qu’elle ralentit surtout le rythme de l’épisode. Ironiquement, ce qui fonctionne le mieux dans cette intrigue, ce ne sont pas les moments dramatiques eux-mêmes, mais de petits détails comme les sachets de Dunkin’ Donuts, rappelant d’anciens rituels familiaux. C’est précisément dans ces petits détails que la série semble encore vivante.
Par ailleurs, l’épisode marque le retour de The Worm, scénariste de Vought et évident alter ego du showrunner Eric Kripke. À travers lui, la série admet ouvertement qu’il est difficile de conclure des histoires de longue durée, qu’il est impossible de satisfaire tout le monde et qu’une saison finale obéit à des règles et à des risques particuliers. Le méta-commentaire fonctionne, mais il n’efface pas l’impression que l’intrigue stagne : le V1 n’a toujours pas été retrouvé, Ryan s’est encore enfui, les conflits internes se répètent et cette dernière saison commence de plus en plus à ressembler à un pont entre différentes franchises plutôt qu’à la grande conclusion de sa propre histoire.
Verdict final
Ce quatrième épisode laisse une impression profondément contradictoire. Sur le plan narratif, il contient plusieurs éléments réellement intéressants. L’épisode tente simultanément d’être un huis clos horrifique, une satire politique d’une Amérique oppressée sous le contrôle d’un surhomme et de Vought, un méta-commentaire et un nouveau chapitre dans la désintégration psychologique de le Protecteur. Par moments, cela fonctionne remarquablement bien. Mais la plupart du temps, l’ensemble paraît tellement artificiel et mécaniquement écrit que la série finit par ressembler à un jeu vidéo rempli de murs invisibles, où les personnages ne peuvent agir que lorsque le scénariste l’autorise. Et cela devient particulièrement frustrant dans une saison où les enjeux auraient dû être les plus élevés de toute la série.

