Critique | The Boys : Saison 5, Épisode 6 (2026) – piégée avant le final

CritiquesYevhenii Rudniev
2 juin 202610 minutes
The Boys : Saison 5, Épisode 6 (2026) — Chace Crawford

© Amazon Prime Video

Critiques des épisodes de la saison finale

Le sixième épisode de la saison 5 de The Boys, intitulé « Même si le Ciel s'effondre », donne l’impression d’être le moment vers lequel toute la saison tendait depuis le début. La dernière dose de V1 tombe enfin entre les mains de le Protecteur (Homelander dans la version originale), tandis que plusieurs intrigues développées au fil des épisodes précédents convergent vers un même point de rupture.

L’épisode s’ouvre dans une salle de cinéma avec la Légende (The Legend), ancien vice-présidente du département Hero Management pour Vought International, que les spectateurs n’avaient plus revu depuis la saison 3. Son retour remplit un double rôle : réintroduire un personnage familier à l’approche du final et éclairer le principal MacGuffin de la saison à travers Bombsight et son lien avec Golden Geisha. On découvre que Bombsight conservait depuis longtemps la fiole de V1 pour la femme qu’il aime, aujourd’hui résidente d’une maison de retraite Vought destinée aux Supes vieillissants et qui, il y a des années, a volontairement renoncé à l’immortalité.

« L’été n’est beau que parce que l’on sait que l’hiver finira par arriver », explique-t-elle à Kimiko. Cette phrase ne sert pas seulement à définir le personnage : elle met en lumière le thème central de l’épisode, à savoir ce que représente réellement l’immortalité et si celle-ci constitue véritablement un cadeau. C’est précisément pour cette raison que l’intrigue de Bombsight fonctionne bien mieux que la majeure partie du conflit principal de cette saison. Sa décision de remettre le V1 à Petit Soldat (Soldier Boy) en échange de la perte de ses pouvoirs et de la possibilité de vivre le reste de son existence auprès de la femme qu’il aime se révèle étonnamment touchante. Pendant un court instant, The Boys se souvient qu’elle peut être autre chose qu’une satire cynique et une machine à produire des séquences choc. Elle peut aussi raconter l’histoire de personnes terrifiées à l’idée de perdre ceux qui comptent pour elles.

Parallèlement, les scénaristes offrent plusieurs moments plus intimistes et profondément humains, quelque chose qui manquait cruellement à la saison depuis ses premiers épisodes. Kimiko confie à le Français (Frenchie) qu’elle-même et Stella (Starlight) hésitent à prendre le V1, car l’immortalité ne signifie pas seulement le pouvoir : elle implique également de voir vieillir puis disparaître les êtres que l’on aime. Il s’agit certes d’un ressort narratif classique dans les récits consacrés à l’éternité, mais cela ne le rend pas moins pertinent. D’autant plus dans une saison qui a souvent donné l’impression de faire tourner ses personnages en rond autour des mêmes conflits. Hughie et Annie se contentent ici de s’allonger sur une voiture pour regarder passer les nuages. Pour la première fois depuis longtemps, ils partagent réellement un moment ensemble au lieu de se disputer à propos du dernier plan de Butcher.

Pourtant, dès que l’épisode commence à trouver son équilibre émotionnel, le scénario retombe dans l’un des défauts majeurs de la saison : sa tendance à tourner en boucle. Le projet consistant à utiliser le virus anti-Supe s’effondre presque immédiatement après la rencontre entre Stella, Hughie et Oh Father. La confrontation fonctionne plutôt bien — et le combat est honnêtement assez drôle — parce qu’elle ne sert pas uniquement de nouvelle scène d’action. Elle rappelle également le passé d’Annie et la distance qu’elle a prise avec le fanatisme religieux qui a autrefois façonné son identité. Malgré cela, l’intrigue revient une fois de plus au même constat : la série semble constamment inventer de nouveaux moyens de repousser sa conclusion.

Le virus ne paraît plus être une solution crédible, le V1 est sur le point d’atterrir entre les mains de le Protecteur, et Sister Sage ressemble de plus en plus à un personnage dont le génie n’existe que dans les dialogues. Les scénaristes tentent d’expliquer ses échecs par le fait qu’elle maîtrise parfaitement les mécanismes rationnels mais comprend mal les émotions humaines. Le problème, c’est que pour une héroïne dotée d’une intelligence surhumaine, cette justification paraît particulièrement commode. De plus en plus, on a l’impression que les auteurs eux-mêmes ne savent pas réellement où se situent les limites de ses capacités et contraignent Sage à commettre des erreurs lorsque le scénario l’exige.

L’intrigue réunissant Petit Soldat, Bombsight et Golden Geisha fonctionne comme une parabole morale indépendante sur le choix entre la puissance et le contrôle, mais elle fragilise en même temps sa propre cohérence interne. Un personnage présenté tout au long de la saison comme une arme potentielle contre le Protecteur finit par lui remettre le V1 à cause d’une décision émotionnelle. Même en y voyant une illustration des contradictions humaines, l’ensemble donne davantage l’impression d’une facilité scénaristique que d’une véritable évolution de personnage. Trop d’éléments essentiels se mettent soudainement en place au moment précis où l’histoire en a besoin.

La décision la plus étrange de l’épisode concerne toutefois Petit Soldat lui-même. Après tout ce qu’il a déclaré au sujet de le Protecteur au cours de la saison et après les nombreuses allusions à leur affrontement inévitable, il choisit finalement de remettre volontairement le V1 à son fils. L’idée selon laquelle Clara Vought et son lien avec le Protecteur servent de déclencheur — une situation qui rappelle inévitablement le fameux « Martha » de Batman v Superman : L’Aube de la justice — se comprend sur le plan émotionnel, mais demeure insuffisamment préparée sur le plan dramatique. Cela apparaît d’autant plus évident que la saison introduit de manière assez précipitée l’élément lié à Stormfront. Par conséquent, le climax ressemble davantage à une nécessité du scénario qu’à l’aboutissement naturel des trajectoires des personnages. Cela dit, la scène où le Protecteur s’injecte le V1 et où deux colonnes de vision thermique déchirent le ciel est suffisamment spectaculaire pour transmettre le sentiment de désespoir recherché. Les Boys ne peuvent que regarder en silence ; à ce stade, ils n’ont tout simplement plus rien à dire.

Dans cet épisode, le Protecteur franchit définitivement une nouvelle étape vers un statut quasi divin. Le paradoxe, cependant, est que plus il devient puissant, moins il paraît menaçant. Sa force ne fonctionne plus réellement comme un moteur dramatique. Même le moment où il obtient le V1 ne produit pas l’effet catastrophique attendu. Il renforce plutôt un sentiment d’inéluctabilité que la série repousse depuis déjà trop longtemps.

Parmi les intrigues secondaires, il faut également souligner les interactions entre l'Homme-poisson (The Deep) et Black Noir, ainsi que la satire de la propagande d’entreprise et de la catastrophe écologique liée à l’oléoduc. Sous les ordres de Sage et le Protecteur, l'Homme-poisson participe à une campagne promotionnelle vantant un pipeline Vought prétendument « respectueux des poissons » au large de l’Alaska. L’installation finit pourtant par exploser, provoquant la mort d’innombrables créatures marines. Dans l’une des scènes les plus absurdes de l’épisode, L'Homme-poisson court le long du rivage pour tenter un massage cardiaque sur une carpe mourante nommée Jeremy.

Derrière cet humour grotesque se cachent la vengeance de Black Noir et l’incompréhension totale qui sépare les deux personnages. Après avoir assassiné le réalisateur Adam Bourke dans l’épisode précédent, l'Homme-poisson en subit ici les conséquences. Il finit par retrouver Noir dans un studio et le tue avec une brutalité expéditive. C’est une fin tragique pour un personnage qui, malgré plusieurs saisons de présence, n’a jamais bénéficié d’une véritable intrigue personnelle marquante. Sur ce point, The Boys reste fidèle à elle-même : lorsqu’un personnage n’a pas le temps de devenir important, il meurt souvent avant d’en avoir l’occasion. L’ensemble de cette intrigue donne ainsi l’impression d’un mécanisme désormais familier dans la série.

De plus en plus, The Boys semble tiraillée entre son histoire principale et la préparation de futurs spin-offs. Cette impression est particulièrement renforcée par les références répétées à Marie Moreau, héroïne de Gen V. Son absence dans cette ultime saison commence à paraître étrange au regard de l’ampleur prise par ses pouvoirs dans la série dérivée. Marie n’est plus depuis longtemps une simple variante de Victoria Neuman capable de contrôler le sang. Elle est désormais en mesure de réécrire les tissus vivants au niveau cellulaire, de soigner des maladies neurodégénératives, de reconstruire des organes détruits et de régénérer des corps gravement brûlés.

Et c’est précisément là qu’apparaît l’un des plus grands problèmes de l’univers de The Boys. Si un personnage possède un contrôle biologique aussi avancé, une question logique s’impose : pourquoi le Protecteur est-il encore en vie ? La série est soit contrainte de maintenir Marie à distance du conflit principal, soit destinée à limiter artificiellement ses pouvoirs à l’avenir. Dans le cas contraire, sa simple présence détruit toute la tension liée à la recherche d’une arme capable d’arrêter le Protecteur. Cela illustre parfaitement la crise actuelle de la franchise : The Boys s’est tellement étendue qu’elle commence à fragiliser son propre équilibre de pouvoirs et ses enjeux narratifs.

L’épisode contient néanmoins une scène véritablement remarquable : la conversation entre le Protecteur et la Légende. Elle fonctionne non pas grâce à la violence ou au spectacle, mais grâce à une sincérité rare dans la série. La Légende n’a pas peur de le Protecteur. Il ne joue pas les héros et ne cherche pas à le manipuler. Il le regarde simplement avec compassion et le qualifie de génie devenu fou.

La réaction de le Protecteur est particulièrement révélatrice. Il épargne la Légende précisément parce que, pour la première fois depuis longtemps, il se retrouve face à l’honnêteté plutôt qu’à la peur. C’est peut-être le meilleur moment de l’épisode : discret, simple et infiniment plus puissant que la plupart des scènes d’action de la saison.

Le problème est que les combats de The Boys ont depuis longtemps cessé d’être réellement inventifs. De plus en plus souvent, les affrontements se résument à des personnages qui se projettent à travers les pièces, tandis que les créateurs compensent le manque d’imagination visuelle par des scènes choc, une violence grotesque et un absurde sexuel toujours plus prononcé. La séquence de la maison de retraite pour Supes, où l’un des pensionnaires utilise ses propres organes génitaux flasques comme arme, résume parfaitement l’état actuel de la série. The Boys cherche encore à choquer son public, mais les spectateurs se sont depuis longtemps habitués à ce niveau de folie. Ironiquement, les moments les plus émouvants de l’épisode ne sont pas les scènes de violence, mais les brèves interactions humaines entre les personnages.

Ce sixième épisode est à la fois le plus important pour l’intrigue globale de la saison et celui qui expose le plus clairement ses faiblesses. Sur le papier, les enjeux n’ont jamais été aussi élevés : le Protecteur est désormais plus puissant que jamais, le virus ne semble plus viable, Petit Soldat reste imprévisible et l’équipe des Boys a définitivement perdu le contrôle de la situation. Pourtant, la série ressemble de plus en plus à une histoire qui ne sait pas comment atteindre naturellement sa propre conclusion. The Boys demeure capable de livrer des scènes fortes, une satire mordante et des moments émotionnels efficaces, mais entre ces réussites transparaît de plus en plus la fatigue d’une franchise qui a passé trop de temps à étendre son univers. Elle se retrouve aujourd’hui coincée entre la nécessité de conclure son récit et celle de préparer ses futurs spin-offs.

Verdict final

Le principal problème de ce sixième épisode ne réside pas dans certaines décisions scénaristiques prises isolément, mais dans l’architecture globale de la saison. The Boys tente simultanément d’être la conclusion d’une histoire et le point de départ de nouvelles branches de la franchise. Dès lors, chaque avancée narrative majeure ressemble moins à une résolution qu’à une simple étape avant le projet suivant. Et même lorsque les enjeux augmentent objectivement, le sentiment de conclusion n’arrive jamais réellement.

Évaluations

IMDb

8.3 /10

Trakt

7.7 /10

Cinemapatrol

8 /10

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